Le Lapin de Velours

Diffusions
1ère diffusion hertziennedécembre 1992 (Canal J)
Editions
Sortie en VHS1992 (Citel)
Synopsis

Dans l'entre-deux-guerres, en une chaleureuse ambiance, entouré de ses parents, un jeune garçon souffle ses quatre bougies sur son gâteau d'anniversaire. Parmi les nombreux cadeaux qu'on lui offre lors de cette fête figure un lapin de velours, le jouet figurant l'animal en position droite avec pour le postérieur comme un ourlet de son velours figurant un semblant de pattes arrières (dans le texte original le lapin de velours est offert le jour de Noël). Ce dernier, abandonné sur la table, au milieu des restes du repas terminé et des autres jouets reçus en cadeau et aussi délaissés, est emmené par la nounou de la maison qui le range dans la nurserie, cette pièce étant déjà bien occupée. Déposé sur le sol, près d'un tambour, il est reçu par quelques jouets vivant leur vie de jouet à l’abri des regards humains, dont les soldats mécaniques à remonter qui, après lui avoir énoncé quelques règles de vie en ce territoire, le transporte en train un peu plus loin et le dépose, tant bien que mal peut-on le deviner, au pied d'un cheval à bascule qu'ils estiment peu... Ce dernier a passé bien des années à se mouvoir tel le balancier d'une horloge, les coutures voyantes de sa robe soulignant son âge avancé.

Le lapin de velours qui est resté inanimé jusqu'alors, et le restera encore bien des jours quoiqu'étant de plus en plus réceptif au monde qui l'entoure, entend la voix du cheval à bascule s'adressant à lui avec la sagesse qui le caractérise : tout en le berçant pour le réconforter, il lui apprend que chaque jouet peut devenir réel, à savoir qu'il peut être véritablement ce qu'il représente, mais seulement quand l'amour que leur porte leur petit maître est grand.

Les jours passent ainsi, le lapin de velours se laissant bercer par son ami le cheval à bascule quand, par une nuit d'orage, le jeune enfant quelque peu effrayé par celui-ci, ne peut s'endormir (dans le texte original, le garçon ne peut s'endormir car il ne trouve pas le chien en peluche qui dort habituellement avec lui). La nounou entre alors dans la nurserie pour y prendre un jouet qui pourrait apaiser la peur du petit garçon, et son choix se porte sur le lapin de velours qu'elle rapporte à l'enfant, celui-ci étant heureux de revoir son jouet reçu lors de son anniversaire et s'endort avec lui en le serrant dans ses bras. C'est alors une grande amitié qui se développe, l'enfant ne se séparant plus de son compagnon de velours, s'amusant avec lui à de nombreux jeux dans le grand jardin entre pique-niques et promenades, et s'endormant à ses côtés chaque nuit. Le temps faisant la seule chose qu'il sait faire, s'écouler, cette pluie d'amour que verse l'enfant sur le lapin de velours commence à affecter ce dernier d'une troublante sensation de vie, et ce au point d'en modifier très légèrement la teinte de son velours, cela se mêlant au fil du temps à l'état de vieillesse des tissus le composant.

C'est lors d'une de ces journées passée à jouer dans le jardin que le lapin de velours, resté seul un moment au pied d'un arbre, fait la connaissance de deux véritables lapins. Ceux-ci se sont approchés de lui en s'interrogeant sur la nature de cet étrange semblable, immobile et muet, dont les pattes arrières sont absentes, le lapin de velours étant lui même conscient de la présence de ces deux êtres bien vivants qui lui ressemblent tout en ayant un aspect quelque peu différent (dans le texte original, comme il le fait avec le cheval à bascule, le lapin de velours converse avec ces vrais lapins en tentant de leur prouver qu'il est tout aussi réel qu'eux puisqu'en jouant avec lui, le jeune enfant le lui a dit, mais malgré ses efforts à expliquer ses différences, les vrais lapins le quittent en étant convaincus qu'il n'est pas un des leurs).

La quiétude de cette amitié ne va hélas pas durer bien longtemps. En effet, un jour l'enfant tombe malade et malgré le réconfort que le lapin de velours a pu lui procurer jusqu'à la guérison, le médecin a conseillé aux parents du garçon de brûler tout ce qui avait été en contact permanent avec l'enfant alors qu'il était alité, et le lapin de velours fut donc jeté avec draps et autres jouets et livres aux ordures en attendant d'être brûlé (au lieu de simplement désinfecter les objets lorsqu'un jeune patient avait la scarlatine, il était encore parfois conseillé à cette époque de brûler les effets ayant été en contact avec le malade). Fort heureusement, quand le jardinier alla porter les détritus au feu, il ne vit pas que l'un deux, en la personne du lapin de velours, tomba du sac dans lequel il avait été mis pour atterrir sur un lit de feuilles mortes. Le jouet resta ainsi, là, immobile jusqu'à la nuit, repensant à ses chaleureux instants passés auprès de ses amis, le cheval à bascule et le jeune enfant ce, jusqu'au moment où les sentiments qu'il formulait en sa conscience sous l'influence de tout l'amour qu'on lui avait jusqu'à présent porté ne se transforme en une larme qui s'écoula de l'un de ses yeux pour tomber sur le sol et faire pousser un bourgeon d'où fleurit une fée. Celle-ci, sous les coups de sa baguette magique, et le félicitant d'avoir été un bon ami pour l'enfant, fit alors du lapin de velours un véritable lapin (dans le texte original, la guérison de l'enfant est marquée par la promesse d'une promenade au bord de la mer et il lui est offert un nouveau lapin en peluche, tout de blanc vêtu avec des yeux de verre, mais le garçon ne se soucie que peu de ce nouveau jouet, comme il oublie relativement vite son ami de velours, étant plus heureux à l'idée de sa balade au bord de la grande eau). Le lapin de velours était ainsi passé de cette réalité issue de l'imaginaire de l'enfance à travers les yeux du jeune garçon à cette autre réalité qui peut être perçue de tous...

Le lapin qui n'était plus de velours se fit alors de nouveaux amis parmi les lapins du voisinage et, de fait, il se fit une nouvelle et réelle vie. Un jour comme un autre, il rencontra le jeune enfant qui l'avait choyé, celui-ci ayant quelques années de plus lui trouvant une ressemblance avec son ancien compagnon de jeux, mais le lapin ne répondit pas à l'invitation du garçon qui lui tendait une main amicale, préférant retourner à la nature à laquelle il appartenait depuis sa métamorphose...

Commentaires

Ce court métrage d'animation est une adaptation du célèbre album pour la jeunesse Le Lapin de Velours / The Velveteen Rabbit (1922) de l'écrivaine et traductrice anglaise Margery Williams (Margery Williams-Bianco, 1881-1944) dont c'est l’œuvre la plus connue dans le monde, notamment en France de par le peu de ses écrits traduits dans l'Hexagone, et de par également les quelques adaptations auxquelles elle eut droit.

Alors qu'il est considéré comme l'un des grands classiques de la littérature jeunesse occidentale, le texte fut traduit assez tardivement en France en 1980 sous le titre Le Lapin en peluche : ou comment les jouets peuvent devenir vivants, ce aux éditions L’École des Loisirs avec les illustrations originales de William Nicholson. Il est ensuite édité chez Casterman en 1995 sous le titre Le Lapin de Velours avec de nouvelles illustrations de Monique Félix (qui illustrait déjà les aventures du jeune lapin Lou de Nathalie Nath dont l'album Le Déménagement évoque également le thème de la séparation de l'enfant et de son doudou), et à nouveau à L’École des Loisirs en 2008 avec des illustrations de Komako Sakaï sous le titre Le Lapin en peluche d'après l'édition japonaise Bronze Shinsha publiée un an plus tôt. Plus récemment, en 2016, le conte a connu de nouvelles illustrations encore avec celles de Violaine Costa pour les éditions Gründ et comme les précédentes, l'artiste offre en son style des dessins d'une grande douceur tout en finesse, son traitement des couleurs rappelant quelque peu celui d'Etienne Delessert.
Outre ces traductions, cette histoire a rencontré un plus large public encore au travers de plusieurs adaptations anglo-saxonnes de courts métrages en prise de vue réelle ou d'animation (cela étant en général le cas pour bien des œuvres littéraires portées sur un écran), et ce depuis 1973 avec à cette date la réalisation du court métrage de Leonard S. Berman avec LSB Productions, ainsi qu'entre autres en 2009 un long métrage de Michael Landon Jr. (fils du célèbre créateur de la série télévisée La Petite Maison dans la prairie) mêlant avec un certain raffinement photographique scènes en prise de vue réelle et animation tout en ajoutant directement en cette adaptation libre le thème de la mort d'un proche dans l'imaginaire de l'enfant.

Si les premières adaptations de ce classique de la littérature ont été produites quelque cinquante années après sa première publication, on pourrait voir en certaines œuvres des références à celui-ci, quoique souvent celles-ci se mêlent à d'autres histoires s'inscrivant dans cette littérature pour la jeunesse où l'imagination de l'enfance est alimentée par un imaginaire où les jouets sont dotés d'une conscience et sont de fait vivants (ce qui est également assez proche du principe d'humanisation des personnages animaliers dans les œuvres de fiction). On peut ainsi voir comme une filiation avec l'ours en peluche Michka quittant un temps sa condition de jouet dans le conte de Marie Colmont publié en 1941 dans la fameuse collection du Père Castor des éditions Flammarion ou encore avec Teddy et Annie, ours de peluche et poupée de chiffon abandonnés après Noël par des enfants ayant eu de nouveaux jouets plus modernes, ce duo partant alors à la recherche d'enfants qui ne seraient pas rebutés quant à leur nature de vieux jouets dans l'album jeunesse Le Lendemain de Noël / The Night after Christmas (1982) de James Stevenson (1929-2017) joliment adapté en 1995 en le court métrage The Forgotten Toys (diffusé en 1997 sur Canal +) réalisé par Graham Ralph, celui-ci donnant une suite à cette aventure deux ans plus tard avec la série Teddy & Annie.
Certaines adaptations ont également pris quelques libertés comme celle produite par Rankin/Bass en 1976 (avec le studio Topcraft) où le lapin de velours est également le lapin de Pâques dans The First Easter Rabbit. Au contraire, réalisée la même année que le court métrage évoqué en cette fiche, l'adaptation du célèbre studio Hanna-Barbera (unité australienne) est relativement fidèle à l'original quoique l'action se situe à l'époque dans laquelle fut produite cette version : avec des jouets modernes comme la rutilante et électrique voiture de course rouge que l'enfant préfère au lapin de velours au début de l'histoire et avec, parmi robots et autre fusée, une jument à roulettes à la place du vieux cheval à bascule.
On remarquera aussi, sans qu'il y ait de rapport, que le court métrage d'animation soviétique Le Lapin Jouet (1982) de Leonid Kayukov (diffusé sur Canal J en 1996) inverse d'une certaine manière la situation puisqu'il y est question d'un jeune lapin qui, s'amusant dans la nature, s'égare et se retrouve dans les bras d'une petite fille ayant délaissé ses jouets peu auparavant et s'occupant alors du petit animal comme s'il était encore l'un de ces derniers...
On notera également que si la traduction française de cet album a quelque peu tardé, une première adaptation a été réalisée par un artiste français en 1982, à savoir Pierre Veck (Pierre Vexliard, 1944-), et ce en un court métrage d'animation en stop motion. On doit notamment à cet animateur indépendant la série en pâte à modeler Henri Dès en images produite en 1992 par Folimage en clay-animation comme l'un des travaux précédents de Pierre Veck The Happy Circus réalisé avec Jacques-Remy Girerd.

Concernant l'adaptation dont il est question en cette fiche, il s'agit d'une agréable production canadienne dirigée par le réalisateur belge Pino Van Lamsweerde (Métal Hurlant, Astérix chez les Bretons, Spirou). Agréable de par une animation simple mais néanmoins soignée comme il a été de coutume chez les artistes du studio Atkinson Film-Arts (Cartoon Classics) et de part une transcription relativement respectueuse de l'histoire (si ce n'est quelques détails) toute en douceur avec chansons et quelques notes d'humour apportées notamment par les soldats. Les décors aux graphismes fins et leurs couleurs au ton pastel donnent à l'ensemble une chaleur supplémentaire à ce conte au jouet de velours vêtu devenant un animal au doux pelage.

C'est ainsi en prenant conscience de son existence et de sa possible et réelle nature animale que, sous l'influence de l'amour que lui porte un jeune garçon tel Pinocchio prenant vie sous les mains de Gepetto, et d'un peu de magie provenant du cœur née des sentiments de l'enfant sous la forme d'une fée, le lapin de velours devint lapin tout simplement. De cette transformation d'un corps à un autre, d'un jouet à un véritable lapin, c'est également une nouvelle étape de sa jeune vie d'enfant que ce dernier doit transformer pour son propre devenir.
Au travers de ce doudou, c'est aussi toutes les émotions véhiculées par l'attachement à un être qui sont développées en cette histoire, jusqu'au jour où il arrive que ce à quoi, à qui l'on tient le plus, disparaisse tout en conservant de lui son existence en sa mémoire... le retrouvant parfois en d'autres visages...

Parmi encore les nombreuses œuvres où les jouets prennent vie ou sont vivants comme dans le célèbre univers pixarien de Toy Story depuis 1995 (et en amont depuis 1988 avec le court Tin Toy), on peut citer entre autres séries se déroulant en une nurserie ou chambre d'enfants La Vie Secrète des Jouets (1994) et Johnson et ses Amis (1990-95). Le cinéma d'animation offrit évidemment nombre de créations en ce sens dont plusieurs liées à Noël comme The Night Before Christmas en 1933 dans la série des Silly Symphonies de Disney, ou parmi des courts métrages en stop motion Rêve de Noël / Vánocní sen (1946) de Karel Zeman ou encore La Surprise / Niespodzianka (1965) de Teresa Badzian. Évidemment, la littérature jeunesse offrit de tels scénarios très tôt et influença de fait les créateurs des images animées : on notera, pour exemples célèbres proches dans le temps à celui-ci, que quatre ans après la parution de l'album du Lapin de Velours naissait un certain Winnie l'ourson de la plume d'Alan Alexander Milne, et qu'entre temps fut créée pour l'opéra l’œuvre L'Enfant et les Sortilèges composé par Maurice Ravel sur un livret signé de l'écrivaine Colette d'après le poème Ballet pour ma fille qu'elle avait écrit en 1914 comme genèse à la dite fantaisie lyrique.

Doublage
Voix françaises :
Gérard Rinaldinarrateur
Auteur : Captain Jack
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The Velveteen Rabbit © Margery Williams, William Nicholson / Atkinson, Animated Investments, Telefilm Canada, CTV (Canadian Television)
Fiche publiée le 19 mars 2017 - Lue 826 fois